Les gens heureux n'ont pas d'histoire

 

"Veillez à ce que vos personnages soient complexes, ni tout noirs ni tout blancs" ai-je l'habitude de répéter en atelier. "N'oubliez pas que les gens heureux n'ont pas d'histoire". Et d'encourager la construction d'un adversaire solide, le crescendo des rebondissements jusqu'au fameux "climax", assimilé au "pire du pire" de ce qui peut arriver au héros. De là à dire que je pousse les participants à un certain sadisme, il y a un pas que je refuse de franchir. Nous nous racontons tous des histoires sur notre vie. Et plus elles comportent de drame, plus elles retiennent notre attention. Il paraît que les gens anxieux font de bons scénaristes, car ils ont un talent inné pour imaginer des catastrophes. Dès que vous tentez de démonter leur histoire, ils s'empressent d'en inventer une autre: les options ne manquent jamais. 
Est-ce parce que je suis scénariste que j'ai un regard si rude sur les livres que j'ai écrits? Je me suis mise à l'écriture le jour où j'ai découvert que mon 2ème mari me trompait. Je m'accrochais comme une désespérée à ce journal intime que je comptais utiliser comme arme ultime pour le récupérer. Quand j'ai eu assez de matière noir sur blanc pour comprendre que je n'avais plus de rôle à jouer dans cette histoire-là, j'ai quitté ledit mari et le monde que nous nous étions créé sur mesure dans la production audiovisuelle. L'art du récit de vie n'étant pas donné à tout le monde, après avoir effrayé la plupart de mes proches en leur confiant la lecture du manuscrit, je l'ai relégué aux oubliettes avec l'ex.

Alors que je quittais le monde de la production, la série animée "Nelly et César" était en cours de fabrication et Averbode en était l'instigateur. "Tu veux écrire? Je suis directeur de la collection 7 en Poche, écris-moi une histoire sur des ados qui découvrent les étapes d'un dessin animé et je le présenterai en comité de lecture. Soit c'est bon soit pas, je ne lèverai pas le petit doigt." On s'est tapé dans la main et le comité de lecture m'a envoyé un mail de quinze lignes pour me dire que "S.F.X." était retenu. Cela semblait trop facile.

Dans la foulée, j'ai écrit "Sacré Chewing-Gum" pour les 90 ans de ma grand-mère. Je lui ai bricolé une histoire de famille à la Janine Boissard comme elle les aimait, en partant d'extraits disparates écrits en ateliers. Une poubelle qui donnait des noms de chewing-gum à tous les personnages en était la narratrice. Un peu comme une petite fille aurait enfilé des nouilles pour faire un collier, j'avais relié des pages avec un boudin en plastique...
 
Je me suis embraquée ensuite dans une histoire de quarantenaires qui se rendaient en camionnette à Marseille dans l'espoir d'assister à un concert de leur idole Jean-Jacques Goldman pour ses 60 ans. J'ai réuni mes amies et ma soeur autour de la table et j'ai écrit à partir de nos vies "Des vies sans procuration". J'ai failli perdre l'intégralité de ma vie sociale. L'une ne voulait pas des enfants que je lui ajoutais, l'autre était offusquée du tableau que je peignais de ses parents. L'une déplorait que son personnage soit "brut de décoffrage" tandis que l'autre aurait préféré le rôle de ma soeur, qui Dieu merci aimait le sien. L'une ne comprenait pas les qualités que je pouvais encore trouver à son ex-mari alors que l'autre m'appelait pour me dire à quel point ma fiction rejoignait la réalité: elle rentrait à l'hôpital pour une récidive de cancer.

Lors d'une lettre d'information précédente, je vous parlais de l'expérience des Vieux Os, manuscrit découragé en atelier à coups de "mais où veux-tu en venir". Pas loin dans le tiroir, il y a "Quasi Rien" qui raconte une histoire de famille recomposée dont l'écriture s'est subitement arrêtée pour cause d'épuisement lié à ma propre famille recomposée. Le dernier manuscrit laissé en plan raconte l'histoire d'une femme qui a décidé de changer de signe du zodiaque et de prendre son ascendant à titre principal. Je collectais l'horoscope chaque semaine et j'intégrais ce clin d'oeil au fil de la structure que j'avais complètement élaborée début mars 2020... Le confinement a mis par terre mon écriture hebdomadaire: mon joli plan n'avait pas prévu que mon héroïne ne pourrait plus bouger...

Au milieu de tout cela, j'avais réussi à écrire, relire et réécrire l'Âme en Feu, un roman qui parle du destin d'une jeune fille congolaise sur fond de chamanisme et de pré-colonisation dans le Kassaï Oriental de 1880... qu'aucn éditeur n'a trouvé bon de retenir malgré mes nombreux envois depuis juin 2019.
Et si je choisissais de me raconter une autre histoire? Et si "Il est temps de laisser Superman voler librement" (titre du "journal" mentionné plus haut) était mon sésame pour le monde merveilleux de l'écriture ? Et si "SFX", vendu par Averbode à 800 exemplaires -ce qui est un succès en édition jeunesse en Belgique- était la reconnaissance d'un certain talent ? Et si je croyais la lettre de Janine Boissard à qui j'ai envoyé "Sacré Chewing-Gum" publié chez Edilivre quand elle me dit que cela lui "a plu par son originalité et sa grande modernité". Et si je ne gardais comme souvenir "Des vies sans procuration", publié chez Edilivre aussi, que le courrier de Jean-Jacques Goldman lui-même, qui m'embrasse, "ému, reconnaissant et un peu troublé". Et si le moment était venu de témoigner qu'on survit à la famille recomposée en reprenant "Quasi Rien" pour lequel j'ai reçu une aide à l'écriture de la FWB? Et si les gens avaient envie de savoir ce qu'il arrive à mon héroïne de la "Balance Misanthrope" dans un monde parallèle où le confinement n'aurait pas eu lieu? Et si j'acceptais que "l'Âme en Feu" est un bon roman, mais que les voies de l'édition sont impénétrables? Et si le retravail de mes "Vieux Os" était l'occasion de mettre en application la thématique qui en est le coeur: tout le monde a droit à une deuxième chance...
Et si, et si, et si... Autre technique célèbre en scénario pour imaginer des alternatives. Et si vous veniez vous aussi déployer vos idées et vos scénarios dans les deux ateliers que j'ai expressément décalés pour vous le permettre ?
- Un cycle complet, "Je scénarise, tu intrigues, il dialogue" pour écrire un scénario. 6 jeudis du 21 janvier au 1er avril à 390€
- Un atelier en ligne, les lundis au soleil. Tout se passe par mail, au cours de 6 semaines de plaisir et d'échanges, que l'on soit débutant ou expert, à 100€. Et pour doubler le plaisir, une offre "lundis en duo" à 160€ si vous vous inscrivez avec un.e ami.e. Cet atelier démarre le lundi 11 janvier.

Et si vous vous offriez des plaisirs plus solitaires avec:
Le tarot de l'écrivain qui peut être envoyé partout en Belgique sous 24 heures pour 35€. 78 cartes pour 116 consignes (hors combinaisons infinies) pour écrire selon votre humeur du journal intime créatif, de la nouvelle, du conte, de l'essai, du roman...
- Une séance de "relecture et conseils" d'un texte de maximum 15.000 signes espaces compris que j'annoterai dans le texte et pour lequel je ferai un retour au cours d'une visioconférence de 30 minutes pour 50€.
- Une journée nouvelle au choix à 65€. Fantasy le 5 janvier; Drame le 2 févrirer; Farce le 23 février; Horreur le 16 mars; Space Opéra le 20 avril et Mémoires le 18 mai.

Le moment est venu de clôturer ce courrier et de vous souhaiter une merveilleuse année 2021. Pour cela, je vous laisse avec ma lecture du moment... "Les gens heureux ne s'inquiètent pas de savoir si c'est vrai... Ils se racontent de belles histoires" d'Yves-Alexandre Thalmann.

Belle écriture
et belles histoires!


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